Informations relayées :
Le Ksar Dra'a
Années 80
Une équipe américaine débarque à Timimoun. Ils recrutent les meilleurs guides de la région, réunissent matériel et vivres et s'enfoncent dans l'erg de Tinerkourk. Ils traversent une mer de dunes infranchissables et atteignent un mystérieux château fort, superbement isolé, inconnu des habitants de la région. Les guides sont priés de les laisser seuls et de venir les rechercher une semaine plus tard. Personne ne sait comment ils ont trouvé la localisation du Ksar, ce qu'ils sont venus y chercher, ce qu'ils y ont trouvé.
Dimanche 22 novembre 2009
Dans l'hôtel Gourara à Timimoun, je fais connaissance du Dr.Boulbina, sympathique retraité, passionné du sud algérien. Il nous raconte avec enthousiasme l'histoire de ce Ksar préislamique construit par les juifs et nous invite à découvrir ce site étonnant.
Avec son aide nous localisons sur Google Earth le Ksar perdu dans les sables N 29°32'6" E 0°11' et étudions différents scénarios d'approche. Il n'existe aucune route d'accès aussi décidons nous d'explorer le terrain dès le lendemain.

Lundi 23
Munis des coordonnées GPS et des vues satellites sur l'iPhone nous progressons en profitant au mieux des plateaux caillouteux et réussissons à nous approcher à moins de 4 km du Ksar N 29°34' E 0°10'16". Nous repérons une étendue favorable au décollage de nos paramoteurs et notons soigneusement notre piste pour retrouver notre chemin de nuit, le lendemain avant le lever du soleil. Le soir nous faisons un dernier point avec le guide. En cas de panne moteur il nous faudra traverser à pied les cordons dunaires avec 40 à 50 kgs de matériel sur le dos guidés par nos seuls GPS dont changeons les piles... Si le vent se renforce il nous sera impossible de revenir et il nous faudra nous enfoncer plus avant dans le désert avant de retrouver de nouvelles zones habitées, en croisant les doigts pour que les moteurs ne nous lachent pas en vol...
mardi 24 5h45 du matin
Nos vehicules quittent l'hôtel bien avant le lever du soleil. Une heure de route plus tard nous sommes à pied d'œuvre. Nous remplissons les réservoirs des paramoteurs jusqu'à plus soif pour nous assurer plus de 2 heures d'autonomie, munissons les gps de piles neuves, vérifions les instruments de vol, accrochons le matériel photo embarqué, et testons une dernière fois nos radios vhf. Les dieux sont avec nous, le vent fort de ces derniers jours a fait place à une douce brise bien orientée qui nous aidera à décoller. 7h15, l'horizon rougeoie, nous sommes prêts à partir, les moteurs sont démarrés. Après quelques pas, les parapentes se dressent, plein gaz nous décollons et nous dirigeons plein sud. A notre surprise le Ksar est aussitôt visible, se dressant majestueusement, perdu au milieu d'un océan de dunes. Le moteur ronronne doucement et nous progressons vers le Ksar Dra'a que nous atteignons enfin. Son survol révèle une étonnante structure ovale en double muraille, flanquée de quatres tourelles. Pendant 30' nous mitraillons la forteresse sous tous les angles. Le vent s'est levé, il est temps de revenir avant que l'étau ne se referme. Le vent de biais nous oblige à progresser en crabe lentement vers notre équipe d'assistance. Une demi heure plus tard nous nous posons enfin. J'ai perdu en vol un boulon d'échappement. S'il avait percuté et donc endommagé l'hélice, j'étais bon pour un training de santé. George subira le lendemain la rupture d'un cable électrique et une panne moteur sans conséquence qui aurait été très désagréable pendant ce périple.
Mais pour aujourd'hui mission accomplie : de superbes images sont en boîte et d'excellents souvenirs dans les nôtres !

Les bouibouis
Déjeuner ou diner, il y a toujours un restaurant, une "gargotte", pour se nourrir. L'accueil est toujours toujours chaleureux et le tutoiement de rigueur.
Contrairement aux cafés qui sont aussi en terrasse, les restaus sont en intérieur. Comme aux cafés il n'y a jamais de femme, ni au service, ni à table, et, y-a-t'il un lien ?, l'endroit est toujours sale, voire immonde. Le long des murs, bien à l'abri de la zone de passage, le sol est incrusté de crasse sur 10 cm de largeur. Aux murs, recouverts de peinture historique maculée de traces de doigts, sont accrochés quelques invitations au rêve, posters de la catégorie paysage, trés colorés avec rivière, montagne, ou vue de la Mecque en pur style Lourdes, dans des cadres lourdement ciselés et dorés sur tranche. Les mouches se régalent avec nous avant de terminer sur le ruban gluant qui pend dans un coin, lorsqu'il reste une place.
La table ou la toile cirée sont collants et si le serveur essuie vaguement la table, ça arrive parfois, le contact reste identique, poisseux.
Sur chaque table une corbeille en plastique, souvent bleu plastique, contient un sac en plastique, qui contient de grand morceaux de baguettes, pas toujours plastiques, souvent bonnes.
Le menu est invariable : Frittes-poulet rôti ou poulet rôti-frittes, il ne fait vraiment pas bon d'être poulet en Algérie..
Mais au menu nous avons aussi la fameuse omelette-frittes (mettre quelques frittes dans une poêle, casser des oeufs, et bien mélanger le tout), et riz pas gluant mais presque.
Heureusement il y a presque toujours un plat tel que loubia (haricots blancs) en sauce, lentilles en sauce pas en boite. Et puis la délicieuse soupe zitoun, assiette d'olives vertes en sauce, du couscous parfois, de bons plats d'abats, tripes, foie et oignons, et salade, et bien sûr chameau et côtelettes de mouton succulentes.
En général on mange avec les doigts en pinçant la nourriture dans un morceau de pain mais la maison offre quelques fourchettes en fer blanc rêvant d'orthodontie.
Pour les boissons, Allah ne délivrant pas de license III, le monde se partage entre coca et pepsi, avec variante algérienne pas tout aussi désaltérante. En 1 mois 1/2 nous avons quand même bu 2 bières cachées dans les bars de "grands" hôtels.
Et pour la faim, nous n'avons (presque) jamais été malades !
Bon appétit.
François